Atelier 11

Comment les citoyens pensent-ils le politique ? Récents développements théoriques et empiriques.
How citizens think about politics. Renewed theoretical and empirical perspectives.

Responsables scientifiques :
Pierre LEFÉBURE (CEVIPOF) pierre.lefebure@sciences-po.fr
Yves SCHEMEIL (IEP de Grenoble / PACTE) schemeil@cidsp.upmf-grenoble.fr

 

Résumés /Abstracts

BARRAULT Lorenzo (Université Paris I-CRPS)

Les appréhensions différentielles du politique de jeunes de milieux populaires : raisonnements pluriels et mobilisations des expériences sociales

Cette communication s’intéresse aux modalités d’appréhension du politique de jeunes des milieux populaires à travers une approche qualitative (26 entretiens approfondis et de larges séquences d’observations ethnographiques dans la vie quotidienne des jeunes concernés, notamment dans deux lycées d’enseignements professionnels classés ZEP). Différentes manières de penser le politique ont été dégagées. Celles-ci sont largement contextuelles mais non sans lien avec les propriétés sociales et les expériences quotidiennes des individus.
Les rares jeunes de milieux populaires impliqués politiquement ont des propriétés atypiques. Ils disposent d’un niveau de sophistication politique relativement élevé et mobilisent le plus souvent des savoirs politiquement différenciés pour produire leurs opinions en la matière.
D’autres jeunes, particulièrement favorisés au sein des catégories populaires, ne s’intéressent guère à la politique mais pensent parfois s’y investir à l’avenir. Ils s’appuient le plus souvent sur des " leaders d’opinion " pour se positionner politiquement.
Certains autres, plus démunis et relégués socialement, sont particulièrement désespérés, d’où leur fort scepticisme politique. Peu impliqués, ils se fondent surtout sur des raccourcis cognitifs (retraduisant notamment certains éléments éthiques ou esthétiques en critère de jugement) pour penser le politique.
Enfin, les jeunes observés les plus marginaux, défavorisés socialement et issus de l’immigration, sont profondément indifférents politiquement du fait de leur défaut de sentiment d’appartenance nationale. Ils ne pensent le politique qu’à travers un profond sentiment d’extériorité et leurs connaissances en la matière sont extrêmement limitées. Ils refusent ainsi systématiquement de prendre position politiquement.
Les jeunes des catégories populaires ont ainsi différentes modalités d’appréhension du politique, et recourent, de manière différenciée, à plusieurs types d’instruments cognitifs.

How working-class young people relate to politics: varied reasoning and uses of social experience

This presentation focuses on how working-class young people deal with politics starting from a qualitative approach (26 in depth interviews and wide ethnographic observations in the daily life of concerned young, in particular in two secondary professional education schools classified ZEP). Different ways of political thinking have been distinguished. Those are highly contextual but not without connection with the social characteristics and the everyday experiences of the individuals.
The rare working-class young people politically involved have atypical characteristics. They have a standard of political sophistication quite high and more often they sum up politically differentiated knowledge to build their opinions on this subject.
Other young people, particularly favoured within these working-class population, don’t take much interest in politics but sometimes think to entrust with in the future. Most often they rely on "opinion leaders" to locate themselves politically.
Some others, more deprived and socially relegated, are particularly desperate and thus show a strong political scepticism. As they are not very involved, they mostly base their opinion on shortcuts and heuristics (retranslating especially some ethical or esthetical components in criteria of opinion) to think about politics.
Lastly, the studied young the most drop-out, socially underprivileged and stem from immigration, are deeply unconcerned politically owing to their lack of national belonging’s feeling. They think about politics only through a deep feeling of exteriority and their knowledge is very sparse. They systematically refuse to hold strong views on political matters.
That way, young from popular classes have various conditions of politics’ understanding and have recourse, in differentiated way, to several kinds of cognitive tools.


CARREL Marion (LISE-CNAM / CEMS-EHESS, Paris)

Les militants associatifs des quartiers d’habitat social : appartenances collectives, paroles politiques et relations aux pouvoirs publics

L’analyse des représentations et du raisonnement politique est portée sur un terrain particulier, celui des quartiers prioritaires de la politique de la ville. Il s’agit d’observer le monde hétérogène des acteurs organisés en associations dans les quartiers paupérisés urbains, et d’analyser la manière dont ils se réfèrent, se représentent et parlent " politique ".
L’appartenance, la sociabilité et l’engagement émotionnel offerts par l’association agissent-ils comme support pour la prise de parole publique, voire politique ? A l’inverse, assiste-t-on à des phénomènes " d’évaporation politique " entre les coulisses de la vie associative et les scènes publiques ? Quelles sont les formes de parole et d’action des membres d’associations ? Se disent-ils " militants associatifs " ? Quelles discussions et critiques produisent-ils à propos des pouvoirs publics, leurs principaux financeurs ?
Si on conçoit la citoyenneté non pas comme un statut mais comme un processus, un apprentissage qui se joue dans l’intervalle entre individus et institutions, alors il apparaît nécessaire de procéder à l’ethnographie politique pour analyser la manière dont les citoyens pensent le politique. Nous nous appuyons sur une ethnographie de la vie associative dans les quartiers " politique de la ville " de Gennevilliers (92) et Saint-Denis (93), effectuée dans le cadre d’une recherche collective sur la vie associative en Ile-de-France. Notre contribution est centrée sur les différences entre les contextes d’interaction, entre les discussions informelles et les prises de parole publique, entre les moments de passivité et les moments d’activité. Il s’agit en somme de concevoir le rapport au politique comme une expérience, à saisir dans sa dynamique et son environnement propres.

Activists and club members in suburban neighborhoods. Collective belonging, political discussions and relations with public authorities

The analysis of how citizens think and talk about politics is focalised here in the field of the suburban disadvantaged neighbourhoods. The aim is to observe the pluralistic world of people organised through voluntary organisations in these neighbourhoods, and to analyse the way they refer to, represent themselves and talk about "politics".
Do the belonging, the sociability, the emotional commitment offered by the organisation work as spurs for a political voice on the public sphere ? On the contrary, do some "political evaporation" phenomena appear between backstage (the organisation) and frontstage (the public scenes) ? What kind of speeches and actions do the members produce ? Do they present themselves as "activists" ? What kind of speeches and critics do they produce towards the public authorities, who finance them ?
If we consider that citizenship is not only a status but a learning process which occurs in the interval between people and institutions, it is necessary to make some political ethnography in order to analyse the way citizens think and talk about politics. Our paper is based on such an ethnography made in several neighbourhoods of Gennevilliers and Saint-Denis, two cities in the suburbs of Paris, within a collective research on voluntary organisations in the region Ile-de-France. Our contribution is centered on the differences between the interation contexts, the informal and public speeches, the passive and active times within the organisations. The goal is to perceive the relationship to politics as an experience, which has to be observed in its dynamics and environment.


GOUARD David (Université Paris I-CRPS)

Prises de paroles et compétences politiques à Ivry-sur-Seine

Cette communication porte sur les mécanismes de politisation et les modes de raisonnement politique employés par les différents résidents de deux espaces singuliers de la ville d’Ivry-sur-Seine (94), deux cités HLM : La Cité Maurice Thorez adjacente à la Tour Lénine et la Cité Youri Gagarine. Bien que soumise à un robuste processus de désouvriérisation, la municipalité y est restée communiste depuis 1925 et fait toujours figure de bastion historique du PCF.
D’un point de vue méthodologique, nous nous référons largement, mais pas seulement, aux démarches qualitatives à même de rendre compte des " bricolages ordinaires " à partir des subjectivités individuelles : observation, entretien non directif individuel et collectif, méthode biographique. Bénéficiant de l’opportunité du calendrier électoral français pour les années 2007 et 2008, ces différents individus sont suivis dans la durée.
Apparaissent des logiques profanes où l’individu aborde le politique à partir de ce qui lui importe et le différencie des autres. A ce titre, il procède à une identification d’éléments conflictuels, notamment à travers la désignation de groupes d’opposition et/ou de distanciation. Ils constituent des éléments de repérage profanes qui sont autant d’appuis cognitifs lui permettant de s’exprimer politiquement, éventuellement, in fine, par les urnes.
Ces résidents sélectionnent, saisissent et interprètent les flux d’informations au sein de leur espace environnemental le plus immédiat. L’ensemble des interactions sociales s’y jouant participe d’une orientation politique, mis étroitement en lien avec leur trajectoire et expériences de vie localement différenciées.
Ces prises de paroles apparaissent alors comme le prolongement d’une construction identitaire, quelquefois alambiquée et confuse, tirée du social, pour laquelle le chercheur doit s’efforcer de penser les méthodes de recherches et les modes de saisie les plus adéquates.

Talking politics in a French working-class suburb

This presentation deals with systems of politicization and political thinking constructions used by different citizens of two particular areas of Ivry-sur-Seine (94), Maurice Thorez block nearby the Lenin Tower and the Youri Gagarine block. Despite their submission to an obvious deindustrialisation process, this city remained communist since 1925 and still represents an historical bastion of French Communist Party.
From a methodological point of view, we widely refer, but not only, to qualitative steps highlighting some "usual tools" taken from individual subjectivities: observation, non directive interview, biography methods. Referring to the French 2007 and 2008 electoral calendar, theses different characters were followed during a period of time.
Lay citizens views appear when people’s political approach becomes more important and creates a difference between the other protagonists. Regarding this, the social actor identifies conflictual elements through opponents’ labelling and / or distance. They make part of lay citizens’ references which are as many cognitive supports as they can use to express themselves politically and eventually during the final vote.
These residents select, catch and interpret information flows within their immediate environment. All social interactions contribute to a political orientation, connected with their different social life experiences in this place.
Theses speeches appear like an extension of an identity construction, sometimes confusing, coming from social issues, for whom the researcher has to consider the most relevant seeking methods and understanding mode.


LASCOUMES Pierre (CEVIPOF, Sciences-Po, Paris), MAZZOLENI Oscar (Observatoire de la vie politique, Bellinzone, Suisse)
Conceptions de la fonction politique et des atteintes à la probité publique dans le jugement des citoyens ordinaires

Le point de départ de notre réflexion est le constat d’une contradiction dans les attitudes des citoyens entre d’un côté le degré élevé de perception de la corruption des milieux politiques et d’un autre côté, l’incertitude, voire la faiblesse des sanctions politiques des élus mis en cause voire condamnés pour atteinte à la probité. Il y a là une dissonance intéressante, relevée depuis longtemps mais qui a été peu approfondie. L’objet de cette communication est de présenter une partie des résultats d’une enquête quantitative réalisée au CEVIPOF en 2006 qui précisément posait l’hypothèse que la conception de la fonction politique par les citoyens est une variable intermédiaire permettant de mieux comprendre l’ambivalence d’une partie importante d’entre eux à l’égard de la " corruption politique ".
Parmi les dimensions travaillées sur l’appréciation ordinaire de la fonction de représentant politique, celle de l’autonomie et surtout de la professionnalisation ont donné des résulats intéressants. Plus globalement on peut dira que la question de l’" accountability " des élus envers les électeurs et plus généralement envers les citoyens joue un rôle. Phénomène complexe et " métier " inavouable ", la représentation politique est devenue le résultat d’un processus de spécialisation et de division du travail qui touche variablement les formes et les niveaux institutionnels (élus, parlements, partis etc.).

How ordinary citizens think about what a politician should be and what corruption is

We start from the idea that citizens hold contradictory attitudes towards, on the one hand, a pretty high perceived level of corruption among politicians and, on the other hand, the rather low level of observed political punishment of suspected politicians or even those who have been convinced of corruption. This paper aims at introducing some of the results of a CEVIPOF survey conducted in 2006 purposively designed to test the hypothesis according to which how citizens think about what a politician should be is a mediating variable allowing us to better understand the uncertainty of judgments on political corruption.
Autonomy and professionalization appear as very interesting dimensions regarding what a politician should be. Accountability also seems to be at play as a criterion for citizens to perceive and assess politicians. Thus political representation should be considered as a rather complex occupation mostly related to a division of political labor applied in different ways to all kind of actors and institutional levels (elected official, parliaments, parties…) rather than to ethic or moral standards.


TALPIN Julien (Institut universitaire européen, Florence)

Délibération et épreuves sensorielles. Une comparaison des processus de construction des raisonnements politiques ordinaires autour de deux cas de budget participatif

A partir de deux enquêtes ethnographiques de longue durée menées au sein d’institutions de budgets participatifs à Séville et Morsang-sur-Orge (banlieue parisienne), cette communication analyse les conditions sociales et institutionnelles de construction de raisonnement politiques in situ. Pour cela, des cas de budgets participatifs sont très adaptés car ils visent à compenser procéduralement les effets du stock de connaissance politique en élargissant les registres légitimes d’expression publique. Ils promeuvent notamment le recours aux émotions et sensations individuelles afin d’inclure des individus à faible socialisation politique.
Les cas étudiés offrent deux voies alternatives liées chacune à la culture politique et à son cadre institutionnel. Dans le cas français, la délibération est centrale et s’appuie principalement sur la mobilisation du savoir d’usage par les acteurs (témoignages personnels, anecdotes), c’est-à-dire des discours relativement modalisés et émotionnels. C’est alors la question de la mutualisation de ce savoir qui se pose pour parvenir à une argumentation collective. Le cas sévillan laisse une grande place aux expériences sensorielles dans la formation des jugements politiques : les citoyens sont amenés à se rendre sur le terrain, " voir de leur propre yeux ", via des " visites " institutionnalisées. Ce sont autant d’épreuves sensorielles, les acteurs éprouvant parfois des " chocs moraux " à la vue de certaines situations. La mise en discours de ces expériences a été l’occasion d’étudier le type de raisonnement politique qui en découle, et de les comparer à ceux où seul le discours (même porteur d’émotions) est mobilisé. Il apparaît ainsi que l’élargissement des modes de formation du jugement politique à des expériences sensorielles, notamment la vision directe par les acteurs, permet une plus grande empathie et une politisation plus aisée que lorsque les expériences sont uniquement rapportées discursivement.

Deliberation and sensitive experiences: a comparison between lay citizens’ reasoning in two participatory budgets

Based on two ethnographic studies on participatory budget institutions in Sevilla and Morsang-sur-Orge (in Paris surrondings), this paper presents an analysis of the social and institutional conditions of the construction of political reasoning. Cases of participatory budgets appear indeed as ideal grounds for studying the construction of lay citizens’ political reasonings as they aim at procedurally balance the inequality of political knowledge by enlarging the legitimate modes of public expression in order to include individuals with weak political socialisation.
The cases show two alternative paths linked to the political culture and the institutional framework in which they are embedded. The French case where deliberation is central relies mostly on the mobilization of actors’ practical knowledge (personal testimonies, anecdotes), i.e. highly modalised and emotional discourses. This raises the issue of how a highly situated knowledge can be shared in order to reach a collective deliberation. The Sevilla case is based on the mobilisation of sensitive experiences in the formation of political judgements: citizens have to " go on the field ", " see by themselves ", through institutionalised " tours " of the city. These are often emotional experiences for the actors, who even experience " moral chocks " when facing certain situations. I was able to both observe these experiences and to analyse their translation into words, i.e. the construction of political reasoning, which I could then compare to the more mediatized discourses of the other case. One of the conclusions of the research is that the enlargement of the modes of formation of political judgements (mainly through emotional experiences linked to the sense of vision) allows both a greater empathy and an easier politization of the experiences than when they are only expressed with words.


THIEBAULT Cyrille (Université Paris I-CRPS)

Réflexion méthodologique : que peuvent apporter les études de réception à l’analyse de la politisation ?

L’influence des médias sur la formation des opinions et des attitudes est une question centrale concernant la politisation à moyen et court terme. Lazarsfeld avait montré que les effets de la communication politique en période électorale sont indirects et limités, principalement parce qu’ils dépendent du groupe social d’appartenance : il ne suffit pas de recevoir un message pour y répondre ou y adhérer. Ainsi, " qu’est-ce que les médias font aux gens ? " est devenue le thème central de la recherche sur les médias.
Selon nous, ces analyses présentent deux points faibles. Tout d’abord, elles s’intéressent à l’influence des médias surtout en période électorale lorsque les citoyens, alors électeurs, sont les plus attentifs à la communication politique. Or, analyser les médias comme agent de politisation suppose de considérer le long terme en période routinisée, lorsque leurs messages se confrontent de façon récurrente à l’expérience et aux opinions préexistantes. Ensuite, ces études se focalisent sur les médias et leurs messages, pour déduire des effets, laissant de côté l’autre terme de l’équation : le public.
Issues des Cultural Studies, les études de réception ont replacé au centre des préoccupations la figure du public pour se demander, inversement, ce que les gens font des médias. Mais des faiblesses demeurent : l’influence marxiste de ce courant qui en rend difficile l’utilisation comme outil théorique tel quel ; le risque de réduire la réception à un processus psychologisant au moment t de la lecture d’un message, ce qui empêche de considérer les médias comme agent de politisation.
A partir de mon sujet de thèse sur la réactivité du public aux représentations médiatiques de l’Europe de la défense, je présente mes réflexions théoriques et mon protocole de recherche pour l’étude des médias en tant qu’agents de politisation, en essayant de combiner études de réception et approches plus classiques de l’influence sur la formation des opinions politiques.

Methodological considerations on how reception studies could help analyzing politicization

Media influence on opinions and attitudes is a central issue regarding politicization in the short and medium term. Lazarsfeld, once, showed that the effects of communication at electoral times were limited, mainly because messages were mediated through people’s social relationships. Then, receiving a message does not imply responding to it or accepting it. Effects have thus become the central issue of media research : what do the media do to people?
According to us, these studies show two weaknesses. First, they are concerned with media influence mainly during electoral periods, i.e. when citizens, having an electoral choice to make, pay a closer attention to political communication. If we want to study the politicization function of media, we should consider them on a long-term routinized period, during which media discourses encounter experience and given opinions. Second, these studies focus on the media and their discourse to deduce their effects, without considering the other term of the equation : the public.
Cultural Studies have refocused on the public, asking what people do with media. Nonetheless, there are some weaknesses too: the marxist influence on these studies makes it difficult to use them as theoritical tools ; and there is a risk to reduce the reception to a psychological process taking place at the t time of reading the message, which prevents us from considering the politicization function of media.
Starting from my PhD on the reactivity of the public to media representations of European defence, I present my theoretical and empirical approach for studying the politicization function of media. To do so, I attempt at combining reception studies and more classical views of media influence on political opinions.


Contribution discutée mais non présentée :
DAMAY Ludivine (Facultés Universitaires Saint-Louis-CReSPo, Bruxelles)
Le rapport des citoyens au politique : analyse pragmatique d’un dispositif participatif

Notre recherche s’inscrit dans le cadre plus vaste de l’analyse des mutations de l’action publique. Plus précisément, nous interrogeons les nouveaux dispositifs qui tendent à associer les citoyens à la production de cette action. Il ne s’agira pas ici de discourir sur les attendus, la mise en œuvre ou les effets de ces dispositifs, nous souhaitons plutôt montrer comment, dans le cadre d’une expérience participative, se développe le rapport des citoyens au politique. Dans une perspective résolument pragmatique, nous avons observé des scènes participatives qui se sont tenues dans le cadre de l’expérience du budget participatif de la ville de Mons, en Belgique. De l’observation de celles-ci, nous montrerons comment le raisonnement politique des citoyens se déploie, comment le rapport pratique au politique se construit dans l’épaisseur des expériences sociales. Il nous semble en effet intéressant d’observer cet " ailleurs de la politique " pour montrer la construction sociale du politique. Nous nous pencherons d’abord sur les stratégies de qualification/disqualification des uns et des autres, notamment en dévoilant les liens qu’ils entretiennent avec la politique représentative locale. " Se défier de faire de la politique " est une façon de se grandir dans des arènes participatives tout en avançant, par ailleurs, diverses justifications de natures politiques pour soutenir un propos. Ensuite, et parce que la construction du politique s’apprécie aussi par rapport aux pratiques des acteurs qui ne se labellisent pas formellement comme " politiques ", nous mettrons en avant les procédés employés par les citoyens pour s’affirmer (contre l’administration, contre le politique local, etc…), construire des alliances, montrer leurs compétences, concevoir des projets, s’appuyer sur des objets et faire des choix. Le rapport au politique sera donc analysé de manière contextuelle, au cœur des interactions et des implications des citoyens dans un dispositif participatif particulier.

Lay citizens and policies: a case study on a participatory budget

Our research lies within the vaster scope of the analysis of changes in public policy. More precisely, we question new policies which tend to associate citizens in the policy making process. This paper will not discuss the objectives, the implementation or the effects of these policies. We would rather show how, within the framework of a " participative experiment ", citizens develop their attitudes to political matters. From a pragmatic point of view, we observed participative scenes which were held within the experiment of the participative budget of the town of Mons, in Belgium. We will tend to show how political reasoning of citizens is constructed, how their practical political attitudes are built in the thickness of social experiments. It seems to us interesting to observe this particular field, different from the classical sphere of policy making. First we will examine the strategies of qualification/disqualification of ones and others, in particular by revealing the linksss that they have with local politics. Telling not to be concerned by politics is a way of being recognize in participative arenas while at the same time expressing various justifications of political nature to support a matter. Second - and because the political attitudes have also to be analysed compared to the practices of the actors not formally labelled like "political"- , we will analyse the processes employed by citizens to assert themselves (against the administration, the local representatives, etc…), to show their competences, to conceive projects, to use objects and to make choices. The aim of this paper is thus to analyze the process through wich political attitudes are being built in a contextual way, at the heart of interactions and commitments in these specific participative experiment.