Atelier 4
Regards croisés sur la notion de "génération politique"
Responsables
scientifiques :
Magali Boumaza (GSPE-PRISME, UMR 7012, CNRS) boumazamagali@yahoo.fr
Jean-François
Havard (UHA, GSPE-PRISME (UMR 7012, CNRS), CEMAf-Paris 1 (UMR 8171, CNRS) jfhavard@gmail.com
Cet atelier sefforcera dorganiser une réflexion portant spécifiquement sur la notion de "génération politique", à savoir sur sa définition, sur ses critères didentification et plus globalement, sur sa pertinence heuristique.
Si lexpression " génération politique " et ses dérivées (" Génération 68 ", " Génération Mitterrand " ) ont connu un certain succès jusque dans le langage quotidien, l'usage scientifique de la notion de " génération politique " rencontre des obstacles méthodologiques majeurs. En effet lusage même de la notion de " génération " se heurte à de nombreuses difficultés quant à ses critères de définition et de délimitation dans le continuum des âges. De plus le terme de génération est chargé de connotations implicites qui tendent à en brouiller lusage. Par ailleurs comment une génération peut devenir " politique " ? On ne peut en effet se satisfaire dune simple définition tautologique, selon laquelle on identifie une " génération politique " lorsquil existe une corrélation entre une classe dâge et un comportement politique, car quels sont alors les critères de validation de cette corrélation ? Sur quelle durée doivent-ils être validés ? Avec quelle proportion des individus dune même classe dâge ? Une génération politique peut-elle exister en soi comme " génération démographique " ou " génération sociale ", ou na-t-elle de sens que comprise pour soi comme " génération historique " ? Etc. Cest donc la pertinence heuristique même de la notion de génération politique qui se trouve posée.
Pour lessentiel, la science politique sest intéressée au fait générationnel dans le cadre détudes de sociologie électorale visant à évaluer la pertinence du critère de lâge comme variable explicative du vote, et de travaux sur les mécanismes de socialisation dans la transmission intergénérationnelle des comportements politiques et de lidentification partisane. Pour autant, si la plupart traitent bien des rapports de lâge et de la génération à la politique, on constate que la notion de "génération politique" est le plus souvent éludée et que la notion de "génération" est elle-même couramment confondue avec celle de cohorte, à certains égards plus "rassurante" dun point de vue méthodologique, mais pouvant apparaître comme très réductrice.
Par ailleurs, appréhender les comportements politiques vote, mais aussi engagement militant à partir de la focale "génération politique" permet de déceler des "effets de générations" sans tomber dans le piège dune confusion avec lusage social que les acteurs peuvent eux-mêmes faire de lexpression "génération politique", ce tout en reconnaissant les effets performatifs de ces mises en forme. A cet égard, les études sur les générations politiques propres à des luttes politiques témoignent de leur cohabitation avec les générations sociales qui naissent de mouvements sociaux.
Il s'agira également de mieux comprendre comment les acteurs peuvent vivre et s'identifier à un même événement. Ainsi, Karl Mannheim a relevé le fait que "les individus se reconnaissent dans un destin collectif qui a marqué leur époque" et que "l'identification se fait par l'adhésion à des valeurs, des événements, des courants intellectuels ou artistiques". Plus tard, Claudine Attias-Donfut retiendra également que la génération est un "produit de l'imaginaire social" qui contribue à organiser le temps, utilisant à cet égard la notion d' "empreinte du temps".
En outre, la contextualisation de la constitution de générations politiques est essentielle au regard des événements sociaux, culturels, politiques, économiques du moment. Ces facteurs exogènes influencent la socialisation primaire, soit en contrariant l'apprentissage familial, soit en le renforçant. Il s'agit là de la dimension collective des générations politiques. Mais elle peut être complétée d'une approche individuelle qui permet de cerner les trajectoires des acteurs constituant une génération politique.
Ce nouvel intérêt porté à la notion de "génération politique" sinscrit en France dans un contexte où le vieillissement de la génération du "Baby Boom", devenant celle du "Papy Boom", accentue la crise du marché de lemploi et la fragilisation du système de retraites par répartition. Mais il se traduit aussi par des comportements politiques différentiés et lexpression dun besoin de renouvellement de la classe politique.
Ainsi, cet atelier sera l'occasion de rappeler l'utilité dinterroger la notion de " génération politique " face à lirruption, ces dernières années, de plusieurs mouvements de contestation qui sont apparus ou se sont présentés sur un mode générationnel (manifestation au lendemain du 21 avril 2002, émeutes de septembre 2005, mouvement anti-CPE de mars-avril 2006 ).
Revisiting the concept of "political generation"
Almost twenty-five years after the first Congress of the French Association of Political Science in 1981, this workshop questions the heuristic relevance of the concept of "political generation". Indeed, beyond its success in the everyday language ("generation 68", "generation Mitterrand" ), the scientific use of this concept raises many methodological difficulties? Notably, it appears quite difficult to define it and to draw up the limits of the continuum of ages. In other words, how can a generation become a "political generation"? What are the limits of such a "political generation"? Do all the people of the same age belong to that "political generation"? What do the concepts of "demographic generation", "social generation" and "political generation relate or differentiate, both in theory and practice"? In this way, this workshop will give the opportunity the occasion to re-examine some pioneering works about generations, notably those of Karl Mannheim.
As a general rule, political science used to pay attention to this concept in the scope of electoral analysis or studies about political socialisation. Nevertheless, most of those studies dont really go thoroughly into the concept of "political generation" and generally confuse "generation" with "cohort", which reveals to be itself too reductive. Moreover, the concept of "political generation" requires a distinction between the existence of "effects of generation" en-soi and the way people recognize themselves as belonging or not to such a generation pour-soi.
This workshop also intends to discuss the notion of "political generation", in a context of social protests, more often than not presented as new generational protests. ("21 April 2002", riots of September 2005, anti-CPE movement of Mars-April 2006 ).